Nous commencerons ce chapitre, consacré aux demeures de France, par l’étude d’un de ces manoirs comme on en trouve beaucoup dans notre pays, et qui sont des chefs d’oeuvre de goût.
Celui que nous avons choisi est situé en Périgord. Sa silhouette élégante et longue est encadrée de grands arbres. Le ton mordoré des pierres périgourdines atténue l’austérité de sa façade.
Les artisans sarladais qui l’ont construit au temps de Louis XIII l’ont orné de certains souvenirs de la Renaissance, telle la porte centrale au fronton « brisé ».
Cette maison est entièrement construite « à la française » c’est à dire qu’aucun couloir ne dessert les pièces. Celles ci peuvent donc être éclairées par des fenêtres se faisant face. Ce plan en lanterne, si caractéristique des manoirs français, donne une lumière adoucie, sans contrastes durs, reposante à toute heure du jour.
Les larges escaliers de pierre aux marches faciles, les terrasses superposées furent toujours les thèmes favoris des créateurs de jardins.
La photo ci dessus nous montre la noble simplicité du double escalier encadrant la fontaine et conduisant à la terrasse supérieure du parc. Quelques autres marches (au centre) marquent le départ d’une allée qui se perd dans les bois.
S’intégrant parfaitement au décor ancien, les fauteuils modernes, peints en blanc et garnis de coussins matelassés en toile, semblent vous inviter à un agréable repos près de la grande table ronde de pierre. On distingue, cachée en partie par un arbre, la petite chapelle claire.
Le parc qui entoure notre manoir est plein de mesure.
Il n’y faut pas chercher la stricte ordonnance, les parterres, les ifs et les buis taillés d’un jardin à la française, ni les allées contournées, les bosquets découpés en pompon, les parterres chantournés des parcs paysagistes anglais. Il est tout simple, tirant son agrément de la beauté de ses arbres et de celle du ciel périgourdin qui répand déjà ici la « verte douceur des soirs sur la Dordogne », que chanta Rostand.
Comme il se doit dans l’ancienne « appartenance » d’une famille noble, on trouve près de la maison une chapelle et un pavillon séparé qui remplaça sans doute, au XVIIIe siècle, le pigeonnier seigneurial.
La chapelle est bâtie avec les mêmes pierres que le manoir. Le pavillon, qui date de Louis XV, a un toit pointu d’ardoises à base quadrangulaire une mansarde en troue l’une des faces.
Les allées, qui partent en étoile, conduisent vers les bois d’alentour ou vers des percées qui permettent d’admirer le charmant paysage des collines environnantes.
La façade principale de l’habitation donne sur la cour d’honneur bordée sur l’un de ses côtés par un mur que perce le large portail d’entrée. Il est surmonté par un pignon Louis XIII triangulaire, aux deux extrémités duquel sont encastrées deux petites colonnes se terminant en boules.
La façade ensoleillée s’inscrit harmonieusement dans l’arc surbaissé du portail.
On remarquera, dans un décrochement du toit, une petite fenêtre d’angle séparée en deux par une mince colonnette.
Pénétrons maintenant dans la maison.
La porte, précédée d’un petit perron arrondi d’une seule marche, est encadrée de deux pilastres à volutes supérieures et surmontée d’un fronton largement brisé.
Un escalier aux larges marches blanches, disposé de part et d’autre d’un mur central, est tout à la fois l’axe de symétrie et le cour du manoir.
Au rez de chaussée se trouvent, à gauche, la salle à manger de réception, le bureau et une autre petite salle à manger communiquant avec la cuisine; à droite, on entre dans le grand salon, puis dans le fumoir bibliothèque, réalisé dans l’ancienne cuisine et d’où l’on peut gagner le jardin par une double porte.
Au premier étage, les chambres, auxquelles on a voulu conserver leur caractère familial, portent la marque du goût et de l’époque de ceux qui les ont occupées. C’est ainsi qu’à gauche de l’escalier on pénètre dans la chambre Louis XVI et la chambre XIX siècle, alors qu’à droite, on trouve la chambre dite de l’évêque et la chambre moderne. Toutes ces pièces ont une salle de bains ou un cabinet de toilette indépendants.
Voici un coin du grand salon : un portrait, des fauteuils recouverts de tapisserie.
Le grand salon a cette simplicité que donnent les murs peints à la chaux. Des couleurs accessoires ont été choisies pour donner de la vie à l’ensemble. C’est ainsi que les grosses poutres de chêne se détachent sur un plafond bleu pâle. Le damas qui recouvre les meubles et garnit les fenêtres est or, rose fané et tourterelle; la cheminée Régence blanche est ornée de deux flambeaux Louis XIV.
Les niches dans les murs et les vitrines encastrées sont d’excellents éléments de décoration.
A droite, la petite niche arrondie, éclairée par une rampe lumineuse creusée tout autour, recèle une petite collection d’étains, plats et mesures de capacité. La console, au dessous, supporte un plat à barbe de même métal.
Ci dessous, la triple niche décore à elle seule tout le mur de la pièce. Son encadrement trilobé avance en léger encorbellement. Des bibelots y sont disposés dans un désordre plus apparent que réel, puisqu’il est calculé de façon à répartir harmonieusement les taches de couleur sur le fond sombre des niches.
Les fauteuils à haut dossier recouverts de tapisserie, le petit tabouret, le piano à queue surmonté d’une lampe à abat jour gansé donnent à cette pièce un aspect un peu sévère, mais cependant très vivant.
La chambre dite de l’évêque semble attendre que son hôte illustre vienne l’occuper de nouveau. L’ameublement est demeuré le même qu’alors : une table surmontée d’un grand crucifix, un lit à baldaquin et à colonnes.
La chambre Louis XVI (Sermadiras, décor.).
Deux fauteuils recouverts au siècle dernier d’une tapisserie à l’oiseau, un secrétaire à cylindre surmonté d’une Vierge du XVII en bois doré, une commode de lignes sobres complètent l’ameublement de cette pièce charmante, où il doit être agréable de vivre.
Les murs sont d’un joli vert passé sur lequel se détachent les bois et les rideaux. Ceux ci sont du même tissu rayé tapissant la grande alcôve dans laquelle sont placés deux lits semblables entre lesquels s’ouvre la porte de la salle de bains (voir sur la photo, la draperie relevée).
Dans le hall d’entrée, le mobilier est de style Louis XIII en accord avec le cadre austère. Remarquez le fauteuil à haut dossier contrastant avec son vis à vis à petit dossier recouverts l’un et l’autre de tapisserie. Une table dont les pieds sont en bois tourné, tout à fait typique du style Louis XIII, complète l’ameublement.
Dans l’un des murs de la bibliothèque sont encastrés des rayonnages dans lesquels se détachent, sur fond rouge, les reliures anciennes des livres. Un coffre massif est surmonté d’un modèle réduit de bateau aux couleurs vives. Plus loin la boiserie recèle un bar.
Le bureau Empire comporte une large niche où l’on a placé une bibliothèque en acajou.
Deux portes l’encadrent, ornées de gravures en couleur de l’époque révolutionnaire. Derrière elles sont dissimulés le coffre fort et l’armoire métallique à dossiers, accessoires peu esthétiques, mais indispensables au travail du maître de maison. Cernant la table bureau Empire, une bibliothèque murale vert de gris est également décorée de gravures évoquant les principaux personnages de la Révolution de 1789.