Le salon est, par excellence, une pièce de réception, mais c’est aussi le lieu de réunion et de conversation de la maison, où il est agréable de se retrouver avant ou après les repas.
Le living room, dont nous avons parlé, est un compromis né des nécessités de l’époque. Le salon est, en quelque sorte, une survivance de temps plus faciles. Beaucoup de familles y restent attachées cependant cela dépend du mode de vie et des moyens dont on dispose.
Un appartement qui comprend un salon possède obligatoirement une salle à manger : c’est le cas le plus fréquent. Plus rarement s’y adjoignent encore un bureau, une bibliothèque, un fumoir ou un « petit salon ». Le « grand salon » acquiert alors son caractère exclusif de pièce d’apparat et ne se trouve plus guère, aujourd’hui, que dans les grandes demeures où la vie a conservé le rythme d’autrefois.
Revenons au premier cas : la pièce sera composée avec plus de souplesse, afin de concilier l’élégance du cadre et du mobilier précieux, avec les éléments essentiels du confort. N’est elle pas le dernier refuge du meuble luxueux, du bibelot ou de l’objet de prix qui ont déserté presque totalement les autres pièces de la maison leur présence affirme le caractère général de l’ensemble, ou s’impose par sa beauté propre.
Quel que soit le style qui préside à sa composition, un salon doit, avant toute chose, éviter l’aspect froid et conventionnel, contraire à sa destination. La disposition des meubles, l’éclairage, la répartition harmonieuse des couleurs doivent permettre d’y aménager quelques coins d’intimité.
Ce salon est composé dans le même esprit que celui reproduit à la page précédente. Les murs, ne comportant pas de boiseries, sont simplement divises par un baguettage, en panneaux réguliers,
peints d’un ton gris très doux. La belle cheminée Régence, en marbre, est surmontée d’un miroir très simple. Les sièges du XVIIIe siècle, recouverts de soieries pastel, voisinent avec un confortable canapé moderne tendu de satin gris. Quelques jolis objets, une lampe en marbre blanc, sont posés sur des guéridons Louis XVI en bois de rose. Un haut paravent adoucit l’angle près de la cheminée.
Excellent exemple d’une pièce très difficile à agencer en raison de ses dimensions : elle est tout en longueur et très basse de plafond. On a su pourtant choisir les meubles qui pouvaient lui convenir. Il fallait ici tricher avec le cadre particulier, placer les meubles importants au fond de la pièce; vous apercevez donc le bureau à cylindre Louis XVI d’un gabarit volumineux, encadré d’une paire de bergères très profondes. Par contre, devant la cheminée qui a été choisie très étroite, une banquette à accotoirs, en bois dore Louis XVI, confortablement équipée de coussins, laisse par ses dimensions le maximum de place pour permettre d’évoluer aisément. Deux lampes, avec un abat jour de parchemin uni, doublent la symétrie des appliques fixées au mur, de chaque côté d’un tableau.
Un salon de boiseries à la campagne Tout ici est harmonieux et d’un goût parfait. Pas un meuble qui ne soit de la même famille que son voisin: pas un détail qui ne s’accorde avec le cadre. On a su conserver les grosses poutres apparentes qui accentuent encore le sentiment d’intimité que confère à cette pièce son plafond bas. L’accord avec la boiserie du début du XVIII siècle se conclut très heureusement: celle ci, juste moulurée, est d’une grande élégance, égayée par la « verdure » occupant le panneau du fond.
Remarquez la cheminée : elle est Louis XV, en pierre, d’un modèle très simple, longue et basse: l’équilibre entre le miroir et le tableau de fleurs et fruits agencé en trumeau qui la surmonte n’était certainement pas facile à réaliser. On conçoit très bien que quelques centimètres en plus ou en moins auraient suffi à détruire l’effet recherché. Une très belle paire de personnages de la Chine encadrent un bouquet très simple. Pas de surcharge décorative : un objet de qualité se suffit à lui même. Remarquez encore la commode et les sièges en bois ciré, la table bureau placée perpendiculairement au mur entre les deux fenêtres.
Les salons de style : Si vous voulez constituer un véritable salon de style, il faudra consacrer beaucoup de temps à vos recherches, connaître admirablement le mobilier et le mode de décoration de l’époque choisie. Le cadre, le décor des murs, les tentures, leurs dessins, leurs coloris, les pièces de mobilier et les bibelots doivent s’apparenter.
Précédant un grand salon, voici une petite pièce de boiserie en rotonde, remarquablement montée dans le but d’installer des armoires à fusils. L’architecture même de cette pièce a permis de ménager dans les angles deux vastes armoires, dont les portes ouvertes, à gauche, révèlent la disposition intérieure : les fusils sont posés sur un râtelier, le bas comporte tiroirs et placards pour le rangement de l’attirail de chasse. Les portes fermées, la pièce retrouve sa belle ordonnance.
Ce grand salon d’apparat, aux nobles proportions, est orné de très belles boiseries rehaussées de motifs peints d’or en camaïeu, dans le goût de Berair, dont le dessin se reproduit et orne le plafond. Au centre, un magnifique lustre du même style, en pendeloques de cristal taillé. On conçoit que les temps actuels ne nous permettent guère de vivre dans un semblable décor, mais il est toujours intéressant d’étudier les exemples que les siècles passés nous ont laissés. Toute leçon est bonne à recevoir quand elle comporte tant d’enseignements précieux il y a ici maints exemples d’équilibre et d’harmonie que l’on ne saurait oublier, et qui seront toujours à la base de tous les projets d’installation, quels qu’ils soient.
Peu de mobilier : une très belle table d’appui Louis XV est encadrée d’une paire de fauteuils Régence, recouverts de soie brochée bleu vert, en accord avec la tonalité des rideaux de satin qui encadrent les très hautes fenêtres.
Du bleu, du rose et de l’or, voilà les trois coloris typiques du style Louis XVI qui ont présidé à la composition de ce salon. Les boiseries ont été peintes d’un ton d’or très adouci, en harmonie avec la soie pékinée qui garnit les grands panneaux des murs.
Quatre très beaux fauteuils en bois doré sont recouverts d’un velours bleu pastel, du même ton que la carpette. Notez, sur le sol, quelques beaux tapis d’Orient. La garniture de cheminée, très classiquement composée, se reflète dans la glace formant la partie basse d’un trumeau, tandis qu’une toile, dans le goût champêtre de l’époque, vient se placer juste au dessus. La cheminée, l’écran de tapisserie au petit point, les girandoles posées sur la commode, la petite table ronde plaquée de bois de rose, tout, jusqu’au moindre détail, concourt à la perfection de l’ensemble.
Un coin de salon à la campagne C’est dans cette grande pièce que l’on se réunit. Très haute de plafond, elle est largement éclairée par trois fenêtres qui lui apportent beaucoup d’ensoleillement. Les murs sont entièrement peints d’un blanc pur, réchauffé par le rouge rubis de la moquette qui recouvre le sol. Ajoutez la note vieil or des rideaux qui ornent les fenêtres. Un grand bureau Louis XV occupe l’angle entre deux fenêtres; des petits fauteuils « médaillon » sont disposés sans ordonnance rigoureuse. Au dessus d’une table Louis XV en bois naturel ciré, un très beau panneau décoratif d’Hubert Robert vient se loger très exactement entre les deux fenêtres. Cette pièce confortable, très bien exposée et très harmonieuse, est un excellent exemple de décor de la vie quotidienne dans une maison française à la campagne.
Comme fond de décor : les toits de Paris; ce précieux salon sous les combles est une réussite à tous points de vue. La pente du toit posait une quantité de problèmes, elle commandait l’inclinaison des glaces sans tain (remplaçant des lucarnes?); l’habillage n’en était pas facile et les rideaux et encadrements de soie drapés à l’italienne réussissent à donner à tout le côté de cette pièce l’unité recherchée. La moquette à larges motifs de feuilles d’acanthes et roses sur fond noir soutient admirablement l’ensemble. Peu de meubles, mais le magnifique bureau plat, les fauteuils d’époque, les tableaux suffisent à donner à cette pièce au cachet imprévu une tenue remarquable. Notez que le coin de confort encadre rigoureusement la table basse. (Prudhomme Béné, décorateur.)
L’admirable vue, étendue jusqu’à l’horizon, que les deux grandes baies de ce salon révèlent, est ici le point d’attraction, comme le serait un feu de bois dans la cheminée en hiver. Ce décor imposé, il fallait harmoniser des coloris justes, ni fades, ni violents, et réunir un mobilier confortable, mais raffiné.
Une cloison articulée permet de séparer cette grande pièce en deux. Le piano à queue laisse entendre que le goût de la musique n’est peut être pas étranger à l’équilibre heureux de ce salon. (Prudhomme Béné, décorateur.)
Un salon dans le genre anglais à Paris : le parti pris ici est évident; selon la mode à l’époque victorienne, les murs sont foncés et les boiseries peintes en blanc cru. Le décor des portes à miroirs, sous baguettage monté en carrés, et le décor de la cheminée, portrait romantique, petites consoles en bois doré et bibelots, assurent l’effet recherché. Le canapé fait face à une paire de larges fauteuils, encadrés de chaque côté de petites tables. Ajoutez la table basse, facile à déplacer : l’ensemble marque bien le désir de retrouver dans cette pièce beaucoup de confort.
Le mélange des meubles anglais et français, la symétrie du décor et la tonalité en camaïeu confèrent à ce salon une sobriété un peu sévère, mais pleine de distinction. Les murs tabac blond s’harmonisent à la moquette et aux sièges. Deux bibliothèques anglaises, style « Regency » (1790 1815). se font pendant de chaque côté de la cheminée, surmontée d’une glace anglaise à centre convexe. Le canapé recouvert d’ottoman « cheveux de la reine » et les deux fauteuils français (fin XIX) tendus d’antilope créent, devant la cheminée, un coin conversation très confortable. Un petit guéridon en tôle laquée et une bibliothèque ronde permettent de disposer lampe, cendrier, livres familiers. Un tapis au point noué met une note bigarrée dans cet ensemble monochrome.
Entre les deux grandes portes de style, en forme de cintre, une table bureau Regency trouve sa place et compose avec quelques miniatures et un tableau de la même époque, un joli panneau.
La cheminée joue ici un rôle exceptionnel; à l’encontre des cheminées habituellement appuyées à un mur, celle ci se passe de tout encadrement et prend, de ce fait, une importance peu commune.
Pour agrandir la pièce, il eût fallu supprimer la cheminée. Comme il a été jugé indispensable de la conserver, elle est devenue l’élément central.
Les deux canapés placés en équerre, complétés par la paire de bergères à tête de bélier, composent l’essentiel du coin de confort. Le décor est assuré par la découpe en forme d’arche qui encadre la cheminée, et ce que l’on aperçoit de la pièce suivante.
Notez la petite bibliothèque aménagée dans l’épaisseur du mur, le tapis haut en couleur. Deux guéridons l’un en bois, l’autre en tôle laquée une table de service permettent de disposer le thé, la tasse de café et l’attirail du fumeur. Sue le sol, une carpette fleurie fin XIXe siècle; aux murs, quelques gravures et peintures complètent le décor.
Voici un type de salon familial, dont l’aspect confortable affirme bien sa destination. Remarquez, ici, comme on a su concilier le décor et un ensemble de très beaux meubles anciens, avec un « coin de confort » absolument moderne. Les murs peints « coquille d’oeuf » sont presque nus. Le canapé et les deux gros fauteuils sort recouverts en satin bleu nuit dont l’intensité de couleur forme un heureux contraste avec le ton aubergine foncé dont est peint l’intérieur de la vitrine que vous apercevez au dessus. Ajoutez les roses d’une très belle collection de personnages de la Chine disposés sur les étagères de verre.
Une table basse vient se placer dans le cercle formé par le canapé et les deux gros fauteuils. Quatre fauteuils cabriolets Louis XV. Au fond, se faisant pendant de chaque côté de la cheminée un très beau secrétaire de marqueterie de fleurs, une commode. Le plafond étant assez bas, on a évité l’éclairage par lustres qui réclame des pièces hautes.
Un salon à deux étages : Dans cette vaste pièce, très haute de plafond, il était nécessaire de concilier le goût de l’intimité et le caractère architectural de cet ensemble imposant.
Une galerie, située à mi hauteur sur toute la longueur d’un mur, domine la pièce en encorbellement et conduit à deux larges paliers en vis à vis, ayant leur pendant à l’étage inférieur, celui du living room proprement dit, L’un (que vous voyez sur la photographie) est aménagé en atelier, l’autre en salle à manger. Deux petits salons confortables avec leurs canapés occupent la partie inférieure. Les deux étages sont réunis par de petits escaliers sans rampe, accédant à chaque palier. La partie centrale de l’étage inférieur est largement dégagée et cet espace met en valeur la structure parfaitement équilibrée de cet ensemble. Le dallage de marbre blanc, les murs blancs, les sièges en tubes métalliques peints en noir et garnis de cuir jaune pâle, affirment son caractère moderne.
Face à la galerie, trois grandes baies allant du sol au plafond ouvrent sur une terrasse.
Un salon de musique Au XVIII siècle, le salon de musique était de règle dans toute habitation d’un certain rang, au même titre que la bibliothèque.
Le clavecin, le piano forte occupent la place d’honneur. Le décor de la pièce en précise sa destination, les boiseries s’ornent de motifs sculptés représentant une viole et une flûte nouées d’un ruban, les meubles eux mêmes sont ornés d’une marqueterie à l’image des instruments.
Les amateurs de musique de chambre sont encore très nombreux. Cette vaste salle a été conçue dans un but unique : créer un moderne salon de musique.
Il fallait ici concilier les lois de l’acoustique avec un dessin architectural satisfaisant. L’orgue est placé à la tribune, selon la règle. L’escalier accédant à cet étage ne rompt pas une harmonie soumise à des impératifs aussi exigeants.