L’usage d’une pièce strictement réservée aux repas remonte au XVIIIe siècle, et toutes les époques qui suivirent eurent un style particulier de salle à manger jusqu’à cet affligeant style faux Henri Il qui fit rage au début du siècle.
Aujourd’hui, où l’espace consacré à l’habitation s’amenuise de plus en plus, la véritable salle à manger est remplacée le plus souvent par un coin repas qui prolonge le living room, voire par une simple table volante, pliante, facile à camoufler. Nous avons envisagé ce cas, sous tous ses aspects, dans la « pièce unique ».
L’exiguïté des logements de construction récente ne permet pas toujours l’installation d’une salle à manger. Elle est plus aisément concevable dans des logements anciens, construits dans un temps où l’on était beaucoup moins avare de l’espace.
La table est le meuble essentiel qui commande tout l’aménagement de la pièce.
Rectangulaire, elle convient à une pièce étroite et longue; ronde, elle centre une pièce carrée et offre l’avantage d’être extensible par l’adjonction d’une ou deux rallonges. Quelles que soient les dimensions et la forme de la table, il est nécessaire de prévoir, tout autour, une aire de 1 m 30 au moins, pour permettre de placer les sièges et de circuler librement.
En matière de décor, les possibilités sont multiples. Pour les murs, le sol, les tentures, choisissez de préférence une harmonie douce, des coloris fondus, qui n’écraseront pas votre table, lorsqu’elle sera parée. Cependant, si votre ensemble est entièrement moderne, vous pouvez vous permettre plus d’audace. D’une manière générale, l’argenterie, les belles pièces de porcelaine ou de faïence demeurent le thème principal de l’ornementation.
Une salle à manger dans un bateau Il y a bateau et bateau… Celui ci est un yacht de luxe avec cette magnifique salle à manger tendue de feutre gris ardoise. Des baguettes d’acajou divisent les murs en panneaux réguliers. Les portes sont également en acajou, comme la grande bibliothèque basse qui s’appuie au mur, dans le fond de la pièce. A droite, une commode anglaise en camphrier a l’aspect d’un coffre de marine avec ses poignées de cuivre; la partie supérieure forme abattant et secrétaire. Les chaises d’acajou au siège canné se plient, ainsi que la table basse (transformable en escabeau bibliothèque). Deux fauteuils transatlantiques en cuir rouge capitonné tranchent dans la tonalité grise de l’ensemble. De grands poissons d’argent, quelques gravures, des appliques d’acajou équipées de diffuseurs en verre dépoli ornent les murs.
La petite salle à manger : Il n’est pas toujours possible de consacrer une grande pièce à l’aménagement d’une salle à manger, mais il y a toujours une solution pour l’esprit inventif. Un fond de couloir offre des possibilités inattendues. En sacrifiant un peu ses aises, il devient possible de réunir famille et amis autour d’une table, dans un cadre personnel et agréable.
Une grande baie a été ouverte dans le mur qui séparait les deux pièces afin d’agrandir le living room; cependant une amorce de l’ancienne cloison a été conservée qui permet d’isoler le coin repas. Ici tout est volontairement simple, mais empreint de bon goût dans la recherche d’un rustique hors de la banalité. La table pliante a huit pieds et les fauteuils sont une trouvaille. A noter, la cheminée de pierre et le divan lui faisant face, la table anglaise à deux étages si pratique, à côté un confortable fauteuil à oreillettes.
La moquette à dessins, imitation « petit point » d’un carton d’époque, apporte beaucoup de chaleur et de gaieté à cette salle à manger Restauration. Les murs nus sont sans ornements (à l’exception d’un paysage romantique placé au dessus d’une petite console). Les grands rideaux de tissu ivoire du même ton font un décor très simple où chaque objet, chaque meuble prend sa valeur réelle. Remarquez, entre les deux fenêtres, la niche creusée pour abriter un poêle de faïence cerclé de cuivre. Deux vases d’opaline blanche transformés en réflecteurs diffusent une lumière d’appoint, tandis que le lustre de cristal éclaire toute la pièce.
Ces meubles d’acajou de style Directoire sont mis en valeur par les murs et les rideaux jaune pâle. Un feston de même tissu que les rideaux, fixé par des rosaces de métal doré, court tout autour de la pièce sous le plafond. Vous trouverez, page 257, toutes les explications nécessaires à la réalisation de ce. décor exécuté en coton rayé; l’agencement ingénieux permet de démonter l’ensemble.
Cette vaste pièce est éclairée par quatre hautes fenêtres : deux ouvrent sur la galerie par laquelle on y accède et deux autres ouvrent directement sur le parc. Les boiseries ont été peintes d’un blanc rompu d’une touche de rose, en harmonie parfaite avec le rouge franc des rideaux. Deux imposantes consoles Louis XV se placent juste sous les tapisseries se faisant vis à vis tandis que deux petits bahuts en forme de demi lune, placés face à face, se situent exactement entre les hautes fenêtres et complètent la belle ordonnance de cette pièce. La longue table est recouverte d’une nappe verte, qui contraste heureusement avec un tapis d’Orient à fond rouge.
Le collectionneur, bien souvent, est aussi un artiste : le plaisir de chercher se double de l’art de présenter, d’intégrer au cadre de la vie quotidienne les objets rassemblés avec amour. Dans la salle à manger ci dessus une grande baie a été transformée en vitrine : les vitres ont été remplacées par du verre dépoli. La lumière diffuse éclaire maintenant une collection d’opalines romantiques disposées sur des étagères en glace, sans tain, jouant avec la matière transparente et les coloris divers. Sur les murs, un papier peint panoramique « La Ville de Lyon » agrandit la perspective de la pièce où un ensemble de meubles Charles X en bois miel s’oppose au bleu des murs, du plafond et des opalines.
La salle à manger cuisine a de nombreux adeptes; elle correspond à certaines exigences de la vie moderne : restriction d’espace. nécessité de s’acquitter soi même, rapidement, des besognes ménagères. Cette simplification n’implique pas un décor négligé. De nombreux exemples prouvent qu’il est possible de concilier les obligations pratiques avec le souci d’un cadre aimable.
Une cloison à claire voie délimite les deux zones salle à manger cuisine. Équipé de rayonnages pour le rangement de la vaisselle, le soubassement, fermé par une porte coulissante, joue le rôle de buffet, et la tablette supérieure sert de passe plat. La grande table en chêne évoque une table de ferme, autour sont disposées les chaises en paille et fer noir. Un panneau décoratif en carreaux de faïence supporte une fontaine ancienne en cuivre rouge.
L’ingéniosité supplée souvent au manque de place Un petit pavillon était habité par un jeune ménage. Au bout de quelques années il devint impossible de loger la famille qui s’était augmentée de trois enfants. Un autre pavillon, exactement semblable, n’était séparé que par un espace de quelques mètres. Devenu libre, il fut acquis et réuni au premier par un long couloir, créant ainsi une nouvelle pièce qui devint la salle à manger familiale.
Le plafond à pans coupés est en lattes de bois verni un papier très gai, genre toile de Jouy, tapisse les murs. Pas de meubles, hormis quelques chaises rustiques. Une banquette placée le long du mur opposé à la fenêtre, garnie de coussins, est un siège confortable. La table, étroite et longue, est un simple plateau posé sur des tréteaux. Dans le fond, en angle, un placard vaisselier permet de disposer les pièces de faïence et de porcelaine.
Établie sur le même principe que l’exemple de la page précédente, cette salle à manger était primitivement une serre. Les soubassements ont été agencés en placards, ne laissant que l’espace nécessaire à la table et aux sièges en fer laqué blanc, dans le style meubles de jardin. Des coussins de cretonne à fleurs apportent une note confortable. Plantes vertes et jardinières de fleurs constituent le seul décor affirmant le parti pris dans la recherche d’une ambiance végétale.
Le plafond bas, aux poutres de chêne, accuse le style XVIIIe siècle de cette longue pièce; mais les murs blancs, la tablette de marbre qui épouse le ressaut du mur, à gauche, rajeunissent le cadre sans le déprécier. La table est parée pour un repas de Noël : elle attire tous les regards avec sa nappe de lin rouge, l’éclat des cristaux et de l’argenterie ancienne. L’arbuste, au centre, est en fait un bouquet de thuya, de laurier et de jacinthes. Pas de lustre central, qui détruirait le rythme continu des poutres. Deux hautes lampes Restauration, transformées, sont placées sur la cheminée à droite. Notez le galbe fin des chaises en jonc doré, du XVIII siècle, et la cage volière placée devant la fenêtre.
Qu’il s’agisse d’une salle à manger ou d’un salon, les meubles (tables, dessertes, commodes, secrétaires, etc.) étaient, autrefois, surchargés de bibelots plus ou moins précieux, de tapis ou de dentelles en napperons. A ce goût de l’encombrement fastidieux, où l’oeil distinguait mal le bel objet de la pacotille, s’est substitué celui de la simplicité une belle pièce d’argenterie ou de porcelaine est bien plus en valeur lorsqu’elle est libérée d’un voisinage gênant. Vous voyez ici combien la soupière sur la console, la coupe ajourée sur le secrétaire, la théière sur le guéridon dégagent leur beauté propre. Un ensemble de style Restauration est placé dans un remarquable décor de boiseries, un panoramique a été découpé en panneaux.
Nous avons vu, dans les exemples précédents, quelle variété préside au décor de base d’une salle à manger : boiseries, baguettage, revêtement de tissu, panoramiques, papier peint. Tout dépend du style de l’ameublement. Mais des murs peints du sol au plafond dans le même ton clair offrent un parti pris de dépouillement qui s’accorde au mobilier de style comme au mobilier moderne. Ils rehaussent l’éclat d’un tableau ou d’un objet qui disparaîtraient sur un fond bariolé.
sobriété des murs blancs, du sol recouvert de moquette grise. Cette simplicité même souligne le galbe « à col de cygne » des petits fauteuils Restauration, l’acajou de la table Louis XVI incrustée de filets de cuivre, le charme d’un portrait ancien, de quelques assiettes peintes.