Les limites de l’organisation de l’éspace
Lorsque vous aurez décidé de l’usage que vous espérez faire de votre jardin, la prochaine étape consistera à en identifier les limites. Les jardins de ville ont des contraintes qui leur sont propres, mais la plupart d’entre elles peuvent devenir des atouts.
Lors de la conception du jardin, vous devez prendre en considération des caractéristiques fondamentales telles que climat et microclimat, soleil et ombre. Par le fait que la température d’une ville peut être beaucoup plus élevée que celle de la campagne environnante, de nombreux jardins de ville ont un microclimat extrêmement favorable. Ce qui signifie qu’avec un peu de soin on peut réussir à cultiver des plantes luxuriantes. Ceci constitue bien évidemment un grand avantage, mais présente aussi des inconvénients: les plantes peuvent très vite sortir de l’endroit qui leur avait attribué. Pour éviter que le jardin soit complètement submergé de plantes, un plan initial judicieux et un coup de ciseaux habile seront nécessaires.
L’aspect du jardin repose largement sur la quantité d’ombre et de lumière, ainsi que sur les temps et les lieux d’éclairage. Ceci requiert de nouveau une attention particulière lorsque vous organiserez et complanterez votre jardin. Vous devez, par exemple, utiliser votre terrasse pour prendre un verre en fin de journée, il vous faudra la placer à l’endroit où se couche le soleil lors des soirs d’été. Et une plante qui a besoin de soleil aura peu de chances de croître dans un endroit ombragé.
Les jardins de ville sont ombragés par la proximité de nombreux bâtiments, et souvent aussi d’arbres. Dans les pays chauds l’ombre est bienvenue: les plantes, comme les hommes, souffrent trop de la chaleur. Le patio espagnol, les jardins de cour du Moyen Orient sont conçus pour fournir le plus d’ombre possible. Dans les pays où le rayonnement est plus faible et moins abondant, l’ombre limite le choix des plantes. Mais que vous viviez dans un pays ensoleillé ou dans un pays au ciel couvert, si votre jardin reçoit de l’ombre des bâtiments, des arbres ou de la propriété annexe, il y a peu à faire sinon accepter la situation et la tourner à votre avantage. Même si de hauts arbres au feuilla dense portent de l’ombre à votre jardin, je pense qu’il va mieux travailler en tenant compte de cette ombre plutôt que d’abattre ces arbres. Les vieux arbres sont d’un si grand apport au paysage urbain qu’il faut tout faire pour les préserver.
Il est possible de varier la quantité d’ombre qu’apporte vos propres arbres. L’émondage vous le permettra facilement: on peut souvent réduire de moitié la voûte de feuillage sans abîmer l’arbre ni le paysage. L’émondage est cependant un travail délicat et il est préférable de faire appel à un professionnel expérimenté et c’est également important bien équipé, afin de travailler sans risque.
Lorsqu’un peu de lumière aura pu pénétrer dans le jardin, il vous sera possible de cultiver une intéressante collection de plantes des bois. Nombre d’entre elles fleurissent au printemps, avant que les feuilles ne créent un ombrage dense.
Perce neiges, aconites, jonquilles, jacinthes, violettes, muguet et primevères se développent en milieu ombragé, ainsi que de nombreux arbustes parmi lesquels les camélias, les ormes, les hamamélis, les pieris, et quelques rhododendrons. Durant les mois d’été, des tapis de feuilles de lierres, dhostas, d’ellébore, de buxacées, de berbéridacées et de genêt fourniront un arrière plan luxuriant aux digitales, aux lis, aux trilliums et au spectaculaire Cardiocrinum giganteum.
Lorsqu’il est impossible de modifier une ombre épaisse, la solution la plus satisfaisante est en général un traitement architectural de l’espace. Un pavage de bonne qualité et éventuellement une sculpture ou un ornement mural peuvent transformer un petit jardin de ville en une charmante cour intérieure. Tentez d’identifier les meilleures heures d’éclairage et les lieux les plus exposés à la lumière, et vous pourrez cultiver les plantes adaptées à ces conditions. Le lierre et la fougère peuvent pousser au milieu des pierres; des paniers de balsamine accrochés au mur à une hauteur propice pour la lumière seront un spectacle formidable avec une vue plongeante; des plantes grimpantes cultivées dans des bacs fixés en haut des murs formeront un rideau dense.
L’opposé du jardin clos ombragé est le jardin trop exposé physiquement au soleil et au vent. Il est nécessaire de dresser un écran qui peut être un mur, une treille, ou une haie, ou des structures de jardin comme une pergola ou une tonnelle, ou bien encore des plantes hautes ou basses, taillées en haie, ou laissées comme telles. Votre choix dépendra à la fois de votre but ou de vos buts particuliers et du style du jardin. Lorsqu’il y a surexposition au soleil, une charpente de bois sur laquelle croissent des plantes grimpantes est souvent une bonne solution: une pergola bien située protègera du chaud soleil d’été sans faire obstacle aux basses lumières hivernales. Une barrière telle qu’une bordure, une pergola protège du vent, tandis qu’un mur ne fait qu’accroître les courants d’air.
Les jardins de toit sont presque toujours balayés par les vents, fréquemment brûlés par le soleil et il n’est pas qu’ils soient exposés à des regards indiscrets provenant plus haut. Pour un jardin de toit, les matériaux de protection doivent être choisis avec un soin particulier car ils doivent être légers afin d’éviter la surcharge et suffisamment robustes pour résister aux vents violents. Là aussi, une pergola ou une tonnelle en bois seront un heureux recours. Les plantes grimpantes vivaces que l’on peut cultiver en bacs sont les plus adéquates pour recouvrir les toits de ces éléments. J’ai moi même planté une fois de la vigne le long d’une marche en treillis sur un toit de ville. Je l’ai arrosée copieusement durant la saison fertile, coupée à ras chaque hiver et remise en terre tous les deux ans. Elle a très bien pris. La variété de houblon argenté appelée Humulus Lupulus « furéus » est à mettre au nombre de ces plantes grimpantes qui constituent un écran parfait au sommet d’un toit.
Le sol est souvent pauvre dans les jardins de ville, mais ce n’est pas véritablement un problème. Même le sol le plus épuisé, peu épais et friable, ou excessivement chargé et rempli de déblais de construction, peut être amélioré même s’il faut y mettre le prix. Une nouvelle couche de terre végétale (ou de l’humus ou un fumier bien décomposé) améliorera la structure et la teneur nutritionnelle du sol.
L’apport d’une nouvelle terre a le grand avantage de pouvoir l’adapter au type de plantes que l’on souhaite y cultiver: la tourbe augmente l’acidité du sol; une quantité de gravier de calcaire augmente l’alcalinité et améliore l’écoulement. Un fertilisant à diffusion lente, mélangé à la terre lors de la plantation, vous assurera que le végétal aura, tout au long de la saison fertile, une quantité régulière d’aliments. Vous pouvez également semer des pastilles nutritives autour du pied des plantes chaque année, afin de faire l’appoint de ravitaillement.
On sous estime presque toujours la quantité d’eau que demandent les plantes. Même dans un climat tempéré et humide, un arrosage complémentaire est généralement nécessaire durant la saison fertile. Au début, essayez de vous aménager un robinet astucieusement placé de préférence à l’extérieur auquel vous pourrez brancher un tuyau si nécessaire. Ce dernier sera très utile pour l’arrosage et il rendra aussi plus facile le nettoyage régulier de surfaces dures, car les jardins de ville se salissent beaucoup. Dans les pays chauds, on rafraîchit l’atmosphère en lavant le dallage.
Pour atteindre un jardin de toit vous aurez, dans le meilleur des cas, à gravir des marches d’escalier et dans le pire à grimper sur une échelle et à franchir un parapet. Les sacs de terre doivent y être apportés et l’on doit enlever les branches et les feuilles coupées ainsi que d’autres détritus. Évitez de commander de grands arbres ou arbustes que vous ne pourrez pas transporter au jardin sans risquer d’abîmer les meubles et la décoration sur votre passage. Commencez donc avec de petits spécimens qui, dans le doux microclimat d’un jardin de ville, rempliront très vite un espace si vous les nourrissez correctement.
Les pots et les bacs sont très utiles dans tout jardin. Dans un petit jardin de ville où les conditions sont loin d’être idéales ils sont d’une aide inestimable. Il y aura davantage de plantes en pot dans un patio, une cour ou un jardin de toit, où la terre est soit peu dense, soit recouverte de dalles. Nous pouvons ici demander à l’Espagne de nous inspirer et de nous guider. Les jardiniers espagnols cultivent de nombreuses plantes en pot et les portent à une pleine croissance durant les longs étés chauds. Ils utilisent les pots pour marquer et ponctuer les rebords des bassins, les placent sur les marches d’escalier, les suspendent aux balcons et les attachent au mur autour des portes et des fenêtres. Ils choisissent souvent des plantes vertes et, lorsque c’est possible, très odorantes: romarin, jasmin, armoise, violette, oranger, buis, myrte, laurier, oléandre, amandier, jacinthe, jonquille, cep de vigne, lis et cyclamen sont parmi les favoris. En climats plus rigoureux, il est possible de remplacer l’oléandre par le Vi bu runumjudii et les oranges par des pommes.
Les espagnols utilisent de jolis pots en terre cuite, la plupart faits à la main et donc tous différents et d’autres pots multicolores, émaillés de vert, de jaune ou de bleu. On trouve également en de nombreux endroits du monde les magnifiques pots chinois traditionnels. Cependant, veillez à ne pas laisser les pots que vous estimez à l’extérieur en hiver. Même les pots censés résister au gel peuvent être endommagés si la terre mouillée qui s’y trouve gèle elle même.
Laissez un commentaire